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30 mars 2021

Coup de coeur de Rémi

Voilà de quoi se décrasser un peu des gros bouquins de journalisme chiant.

Sophie Bouillon semble avoir choisi la voie périlleuse du journalisme de terrain. Il faut dire qu'avec sa plume précise et dense, et son intérêt manifeste à aller vers les autres, elle n'est visiblement pas calibrée pour rester le cul sur sa chaise en commentant des commentaires.

Nous sommes à Lagos, Nigeria, ville de DINGUE de 20 millions d'habitants. Par touches, comme une toile impressionniste, elle donne à voir les pulsations de la ville-monde, la débrouille, la gouaille, l'inaltérable optimisme, la vie religieuse et politique. Sans misérabilisme, sans angélisme, avec sincérité.

Tout ça en 150 pages. Seulement 150 petites pages pleines de vies, et de rencontres, et de galère, et de journalisme haut-du-panier qui bouscule le cœur et rassasie l'esprit.

Un gros gros coup de coeur !


22 mars 2021

Coup de coeur de Rémi

Junpei est un yakuza. Depuis peu. DIsons qu'il débute un peu dans le milieu, et qu'il sert, pour le moment, de larbins à son N+1. Jungei est un savant mélange du plouc et de la teigne, un chien fou aux dents longues qui se donne comme ambition de monter les échelons.
Quand le boss du gang lui impose son premier contrat (grosso modo : "Tu supprimes un gars et tu fais 8 ans de cabane"), il sent qu'il tient là la première marche de son ascension dans le milieu. Mais le prix à payer pour alimenter son CV de yakuza est un peu raide...
Le meurtre est programmé dans 3 jours, c'est le temps d'homme libre qui lui reste. Il les passe en flânant dans la Cour des Miracles de Tokyo, et toute sa faune bigarrée, violente et attachante.

Voilà un excellent roman, bourré d'humour aigre-doux, où on s'attache à un parfait crétin se débattant avec une ambition plus plus grande que lui.Les 280 pages se lisent d'une traite. J'ai adoré !


25 février 2021

Coup de coeur de Rémi

J'en ai un peu ras-le-bol du polar. De cette course au détective-qui-soigne-ses-tourments-intérieurs, de ces familles-dysfonctionnelles-pourtant-biens-sous-tout-rapport, de ces fortunes-bâties-sur-un-mensonge, et de ces serial-killers-aux-marottes-étranges.
En deux mots, de l'essentiel de la production polaristique.

Peter Swanson n'en a pas marre du polar, on sent qu'il adore ça, et il est contagieux.
Il propose avec Huit Crimes Parfaits un vrai bon polar. Sans chichis, sans esbrouffe, sans bain de sang. Juste une bonne histoire, astucieuse, aux personnages attachants.
Malcolm est libraire dans une boutique spécialisée en polar, où il tient un blog que personne ne lit. Il tombe un peu des nues quand l'agent Gwen Mulvey l'interroge à ce sujet : un tueur semble utiliser une de ses sélections de livres ("les huits meurtres parfaits" !) pour commettre ses crimes...

Et hop, c'est parti. Et je n'ai pas boudé mon plaisir !

Juste un bon polar, et c'est déjà beaucoup !


24 février 2021

Coup de coeur de Rémi

Le nouveau David Vann dépote sévèrement.

Y a-t-il un bouquin de David Vann qui ne dépote pas ? Le garçon trace son chemin de magicien depuis la bombe atomique Sukkwan Island, en passant par le SCUD Impurs et le missile intercontinental Aquarium.

L'explosion 2021 s'appelle Komodo, et, autant le signaler tout de suite, voilà un texte nerveux et tendu, qui sert son lot de tourments intérieurs et de violences enfouies.

Quand Roy, quinqua un peu con qui zone en Indonésie pour passer un permis de plongée, accueille sa soeur Tracy et sa mère pour une semaine de vacances, il est loin d'imaginer la colère et le ressentiment que Tracy emmène avec elle. Leurs face-à-faces, de plus en plus tendues, seront interrompues par des plongées rivalisant de beauté...

Un roman magnétique, puissant, archi-tendu, du début à la fin. David Vann confirme : c'est un prodige.


21 janvier 2021

Coup de coeur de Rémi

Alors, oui, je me suis surpris, parfois, à dire des trucs comme "ouiiiiii, en France, on a des bons auteurs, ouiiii, mais bonnnn, parfois, ça touurne toujours autour des mêmes sujets" gnagnagna
Bon. Je persiste à penser qu'une partie de la production française (le roman social urbain avec une graphiste trentenaire, les habituelles déambulations dans le Paris artistique de la Belle Epoque, et les romans de la vie sexuelle de l'auteur qui-pense-que-la-sienne-est-nécessairement-plus-intéressante-que-celle-de-ses-lecteurs) est, au mieux, pénible.
MAIS c'est sans compter qu'en France on a des gugusses qui en ont sous le capot !
Tenez, Jérôme Leroy, par exemple, balance Vivonne en cette rentrée d'hiver, aux trèèèès recommandables Éditions La Table Ronde
.
Grosso modo, dans une France qui s'effondre, entre guerre civile et catastrophe climatique, l'écho d'un poète récemment évaporé, Adrien Vivonne, semble persister, et son oeuvre, discrète jusque là, produit chez ses lecteurs des effets physiques très puissants. Les textes se passent de main à main, comme un trésor secret, et portent en eux, finalement, la dernière poche de résistance passive : la poésié et la beauté.
Dans ce dawa général, son éditeur, Alexandre Garnier (un trou-du-cul, pour le faire court) part à sa recherche.
EN gros.
Donc, chers amis :
- SI vous voulez de l'imagination et du souffle, Lisez Vivonne.
- Si vous voulez du style, lisez Vivonne.
- SI vous voulez être étonné, lisez Vivonne.
Vraiment, ce roman, à la fois désespérant par son tragique et sa mélancolie d'une France d'avant, et profondément enthousiasmant par sa pensée et sa foi immense dans le pouvoir des textes; est gé-nial.
Bref, un énorme coup de coeur.
Rém




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