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10 mars 2021

Naître, grandir, aller à l’université, trouver un emploi et se marier avant trente ans, sans commettre le moindre faux pas, en préservant sa virginité et sans se compromettre avec une amie qui aurait fauté… À Amman, les femmes doivent se conformer à ce schéma pour faire la fierté de leur famille et s’intégrer dans un monde qui leur impose règles, traditions et tabous dictés par la religion et le patriarcat. Coincées entre un légitime désir d’émancipation et leur devoir envers leurs parents, les femmes ont peu de place pour s’épanouir en dehors du mariage et de la maternité.
En contrepartie, les hommes doivent, eux aussi, tenir leur rôle : afficher une virilité flamboyante, régenter la vie de leurs filles, leurs sœurs, leur femme, laver le déshonneur, par le sang s’il le faut. Au-delà de cela, ils peuvent contourner les règles sans risquer d’être persécutés, mis au ban de la société ou tués. Mais il y a pour eux aussi une limite à ne pas franchir : un homme aime les femmes et ne saurait être gay sans encourir la vengeance des hommes et de Dieu.
Ils sont cinq, quatre femmes et un homme, à voir leurs espoirs déçus, leur personnalité profonde reniée, à tenter de faire bouger les lignes dans une capitale jordanienne figée dans ses traditions ancestrales.

Dans ce roman choral où se croisent les destins de cinq jeunes jordaniens, Fadi Zaghmout fait un condensé de tous les problèmes rencontrés par les femmes et les homosexuels dans son pays. Rana, Hayat et Leila sont trois jeunes diplômées qui prennent conscience que leurs études universitaires ne sont rien qu’une case cochée dans la longue liste des attributs qui font une bonne épouse.
Un diplôme ne vaut rien quand, comme Hayat, on subit les assauts d’un père incestueux.
Un diplôme ne vaut rien quand, comme Rana, on aime un homme d’une autre confession.
Un diplôme ne vaut rien quand, comme Leila, on est harcelée par un supérieur qui veut exercer son droit de cuissage. Deux choix s’offrent à elle : soit porter le voile, soit trouver rapidement un mari.
Et ce mari c’est Ali… amoureux d’un homme mais bien conscient que pour être accepté il lui faut une femme et des enfants. Il a essayé la thérapie, il a enrichi un escroc, il a cru pouvoir guérir. Difficile pour lui de s’accepter, impossible de s’affirmer. Leila lui offre une solution facile. Il s’est promis de renoncer à l’amour pour se consacrer à sa famille mais son couple n’est qu’un leurre.
Le cinquième personnage, c’est Salma, la sœur aînée de Leila qui voit sa cadette se marier avant elle, qui tient un blog dans lequel elle raconte sa tristesse, sa honte, la pression familiale, les commentaires malveillants, son désespoir d’être célibataire à trente ans. Bien qu’épanouie dans sa vie professionnelle, elle ne pourra jamais quitter le domicile paternel sans un époux à son bras. Et plutôt que de rester vieille fille, elle sera l’épouse d’Amman qui donne son titre au livre. Terribles épousailles entre une femme désespérée et une ville qui l’a trahie…
Fadi Zaghmout nous propose un livre formidable au ton frais et léger malgré les sujets qu’il aborde. Nos yeux d’occidentaux pourraient juger les différentes situations à l’aune de la seule religion mais l’Islam n’est pas le seul coupable (d’ailleurs Rana est catholique). Ce sont le patriarcat et les traditions archaïques qui partout dans le monde briment la liberté des femmes, de façon appuyée ou insidieuse. Le chemin est encore long pour des femmes comme Leila, Salma ou Rana, tout comme pour Sabine, Lola, Reiko, Hua, Lin, Ji-young, Emilie, Shiori, Rachida, etc. etc. et pour tous les hommes qui, comme Ali, doivent affronter une société hypocrite qui ne se contente pas de condamner l’homosexualité mais vont jusqu’à nier son existence.


8 mars 2021

Lors d’une journée un peu particulière, Clare enterre Richard Storm, son premier mari, fait la connaissance de deux vieilles dames, Mrs Fox et sa sœur Edith et rencontre Joshua, un documentariste.
La jeune femme est séparée pour six mois de Jonathan, son deuxième mari qu’elle trouve trop possessif au contraire de Richard, un marin de vingt ans son aîné qui était toujours sur les flots. Elle profite de ce break pour s’installer chez Joshua. Mais est-ce le bon choix ? Richard la délaissait, Jonathan l’étouffait, Joshua ne veut pas s’engager.

Valse hésitation ou plutôt errements d’une femme des années 70 qui cherche son bonheur dans la vie de couple. Mauvais choix ou laisser-faire, elle semble ne pas trouver l’homme qui lui convient. Son premier mari préférait les femmes girondes alors qu’elle n’était qu’une femme-enfant de dix-neuf ans. Il naviguait, elle l’attendait au port. Il a fini par la quitter. Son deuxième mari est trop présent, trop dirigiste. Incapable de faire décoller sa carrière d’écrivain, il compense en organisant chaque détail de leur vie à deux. Besoin d’air et d’espace, elle lui demande de quitter la maison pour six mois. Pendant ce temps, elle prend un amant mais il n’est pas non plus à la hauteur de ses aspirations. Il la trompe, la délaisse, la brusque au point qu’elle s’imagine reprendre la vie commune avec son époux légitime. Mais au fond, Clare est victime, non pas des hommes, mais de son absence de décision. Elle ne choisit pas, ce sont les hommes qui la choisissent. Elle se laisse faire pour s’enliser dans des relations bancales.
La vision d’Angela Huth de la vie de couple n’a rien d’idyllique. La faute sans doute à son héroïne molle et froide qui n’est jamais partie prenante dans ses relations. Une note plus optimiste réside peut-être chez Mrs Fox qui a vécu un mariage parfait avec Mr Fox mais il est décédé, il faut donc la croire sur parole…
Un roman au ton doux-amer où il ne se passe pas grand-chose, mais on se laisse happer par la petite musique d’Angela Huth et les égarements de Clare malgré son manque de substance. À lire pour l’ambiance anglaise et le côté rétro des années 70.


6 mars 2021

Dans le Devonshire, les Baskerville sont victimes d’une malédiction très ancienne qui les voue à une mort atroce liée à un chien tout droit venu des enfers. Le dernier baronnet en date, Sir Charles, vient de s’éteindre d’un arrêt cardiaque, les traits déformés par la peur, avec non loin de lui, les traces de pas d’une énorme bête. Son ami, le docteur Mortimer fait donc appel à Sherlock Holmes afin de protéger son héritier, Sir Henry, le dernier des Baskerville, tout droit venu des Amériques. Occupé à Londres, le détective envoie Watson dans la lande du Devonshire. La région est inhospitalière, le manoir l’est tout autant et la quiétude de la lande est parfois déchirée par le hurlement glaçant d’une bête démoniaque…

Le problème, quand une œuvre a été adaptée au cinéma, à la télévision, en BD et même en manga, c’est peut-être, qu’à sa lecture, le suspense n’est plus au rendez-vous. Et pourtant, même si l’on connaît les tenants et les aboutissants de cette célèbre enquête, on se laisse prendre par l’ambiance inquiétante de la lande, l’énergie de Watson et la personnalité agaçante de Sherlock. Fidèle à lui-même, sûr de lui, cartésien et distribuant à son fidèle ami Watson des compliments sous lesquels se cachent de subtiles critiques, le détective saura déjouer la prophétie qui s’abat sur les Baskerville de génération en génération. Pour lui, ce ne sont que légendes et balivernes et le molosse qui terrifie les baronnets ne saurait être surnaturel. Même s’il envoie Watson dans la lande, il n’est pas bien loin, observant, déduisant, solutionnant.
Une lecture incontournable pour qui aime Conan Doyle, les romans à énigmes et n’est pas réfractaire à une pointe de fantastique. Brillant, comme d’habitude !


5 mars 2021

Il était scénariste, elle, réalisatrice. Ils formaient un couple à la ville comme à la scène. Et puis, à l’instar des histoires qu’il écrit, leur amour a connu trois temps : la rencontre, la passion, la séparation. Depuis, Hayakawa n’a plus revu Renko même s’il a suivi sa carrière et sa vie amoureuse de loin. Renko s’est marié avec un journaliste, Miyata. Leur histoire est donc bel et bien terminée, mais quand Renko le contacte pour lui apprendre que Son, le chat qu’ils ont adopté ensemble est en fin de vie et qu’elle souhaite qu’il l’accompagne dans ses derniers instants, Hayakawa n’hésite pas très longtemps. Il renoue le contact avec Renko, fait la connaissance de son mari et s’occupe avec eux de Son, le chat roux et affectueux qui fut le témoin de leur amour passé.

Simplicité et délicatesse autour de trois personnages et d’un chat. Une manière toute japonaise d’aborder les sentiments, parfois tempétueux, mais qui s’expriment toujours avec retenue. Renko ferait tout pour prolonger la vie d’un chat qu’elle adore, quitte à revoir un homme pour lequel elle a souffert. Miyata accepte cet intrus malgré sa jalousie, pour l’amour de sa femme et de son chat. Et pour Hayakawa, c’est peut-être l’heure de la rédemption, lui qui tout entrepris pour gâcher sa relation avec Renko, jalousant sa réussite professionnelle, la trompant et laissant leur couple se déliter à force de soirées passées dans les bars à écluser des whiskies. En veillant sur Son, il se souvient de cette période de sa vie, de leur rencontre, de leur amour, leurs projets, leurs frictions et leur cruelle séparation. Cinq ans après, il ne reste que Son qui va leur permettre de tourner la page.
Peu de pages mais beaucoup d’amour, de bienveillance, de sérénité et bien sûr une boule de poils qui s’en va lentement, discrètement, laissant derrière lui des personnages enfin apaisés. Un petit bijou de délicatesse.


3 mars 2021

Oghi avait bien réussi dans la vie : un poste de professeur à l’université, une jolie maison avec jardin et une gentille épouse. Jusqu’au jour où un accident de voiture met un arrêt brutal à ce bonheur tranquille. Sa femme ne survit pas et lui se réveille d’un long coma défiguré, muet, paralysé, ne pouvant plus communiquer qu’en clignant des yeux. Orphelin et fils unique, Oghi n’a plus pour seule famille que sa belle-mère. Quand il est autorisé à rentrer chez lui, c’est elle qui prend en main sa rééducation. Mais alors que son état ne semble pas s’améliorer, le comportement de la mère de sa femme est de plus en plus étrange. Isolé, Oghi est entièrement dépendant d’une femme qui creuse un immense trou dans le jardin.

Ambiance oppressante pour ce thriller psychologique coréen où le lecteur se retrouve dans la tête d’un homme prisonnier de son corps. Le malheureux Oghi est à la merci d’une belle-mère qui prend soin de lui, ne le menace pas et pourtant le malaise plane. Elle semble vouloir le couper du monde extérieur, elle fait mine de ne pas comprendre ses demandes désespérées et surtout, elle creuse. Jusqu’ici le jardin était le domaine privilégié de sa femme qui s’en occupait à temps complet et la belle-mère dit vouloir continuer son œuvre. Alors pourquoi ce trou ? Oghi cogite, passe de la reconnaissance à la rage intérieure, de l’impression d’être paranoïaque à une réelle terreur. Et puis mérite-t-il les soins d’une femme qui ne lui est rien ou, au contraire, est-il la victime d’une froide vengeance ? Après tout son couple n’était pas parfait et il n’a pas toujours été un mari exemplaire…
Le jardin est un huis-clos étouffant que l’on lit presque en apnée tellement on ressent le sentiment d’enfermement du personnage principal. Une lente mais inéluctable descente aux enfers.




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