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27 août 2021

Un très bon moment de lecture

Avec Artifices, Claire Berest éclaire de tout son talent littéraire l’imbrication de performances d’art contemporain et des souvenirs traumatiques enfouis dans le passé. En abandonnant les personnages féminins aussi très proches du monde de l’art, ce roman plonge son lecteur dans une intrigue particulièrement bien menée sur fond de mal être et d’happening.
Abel Bac fait un cauchemar et entend trifouiller dans la serrure de sa porte d’entrée. C’est la voisine du dessus, complétement ivre, qui s’est trompée d’étage. Gentiment, il décide de l’aider à rejoindre son appartement et l’allonge en dégageant bien sa bouche pour qu’elle ne s’étouffe pas dans son vomi ! Ne pouvant se rendormir, il sort et se fatigue en marchant dans la nuit de Paris. Suspendu depuis une semaine, il a la terrible sensation que son monde s’écroule, lui le flic intègre, méticuleux mais taciturne. Dans quelques jours, l’IGPN le convoque pour donner explications de cette mise à pied sous dénonciation téléphonique anonyme. .
Jérôme Masson, avocat qui la suit depuis le début de sa carrière, téléphone à Mila chaque jour y compris le dimanche. Personne ne connait la véritable identité de Mila bien qu’elle fasse des performances dans le monde entier depuis vingt-ans, un peu comme un Banski en happening. Ses œuvres se vendent des millions chez Chritie’s et Sotheby’s. Sa carrière a commencé en accrochant des poupées grandeur nature à l’ effigie de personnes connues sur des lieux emblématiques comme celle de Jean Moulin sur les pales du Moulin Rouge !
Mais, aujourd’hui, à trente-neuf ans, son anonymat lui pèse. « Mila qui ne s’appelait pas encore Mila » était une jeune fille sérieuse et brillante reçue au bac en 2000 au lycée Paul Bert d’une petite ville du Loiret. C’est d’ailleurs là qu’elle a connu Jérôme.
Abel Bac s’est construit des digues pour domestiquer l’angoisse qui généralement arrive dès qu’une nouveauté pénètre sa vie. Alors, lorsque Elsa, la voisine étudiante en thèse d’histoire de l’art, décide de s’excuser et de lier conversation, Abel fuit. Rien dans sa vie n’est laissé au hasard quitte à développer des tocs en pagaille, des malaises et des cauchemars récurrents. Le seul espace qui le ressource reste son appartement avec toutes ses orchidées, quatre-vint quatorze précisément !
Chroniques complète avec photos ici
https://vagabondageautourdesoi.com/2021/08/27/claire-berest/


26 août 2021

A découvrir !

Céline Bentz choisit pour cette rentrée littéraire 2021 de présenter son premier roman Oublier les fleurs sauvages situé au cœur du Liban des années 1980. Il raconte la guerre fratricide, la misère, les communautés qui s’affrontent et l’exil vers l’étranger présenté comme un refuge pour sauver les espoirs d’une famille !
Car dans ce pays, ce sont les années de plomb où la guerre civile fait rage depuis le milieu des années 70. Oublier les fleurs sauvages commence à l’été 84 et présente Amal, jeune fille scolarisée en première, qui doit travailler pendant ses longues vacances d’été chez un tailleur pour aider sa famille. Petite dernière d’une fratrie de sept, elle est choisit par ses parents comme celle qui doit porter les aspirations de la famille.
Du côté de l’histoire
Et parce que ses parents ont toujours attachés de l’importance à la qualité de son éducation, Amal a le projet de devenir pédiatre et de poursuivre son apprentissage de la musique. Deux interdits pour une jeune fille de sa communauté dans ce Liban où plus personne ne croit à une paix possible.
Après son bac, son frère aîné, Abbas, souhaite l’accueillir chez lui en Lorraine pour qu’elle puisse poursuivre ses études. Il est architecte et ingénieur et s’occupe de reconstruire les mosquées au quatre coins du monde du golfe. Seulement, Abbas n’est pas souvent en France et pour sa femme, Marie-Rose, professeur d’italien, Amal pourra la seconder pour s’occuper des deux enfants du couple.
Chronique et photos ici
https://vagabondageautourdesoi.com/2021/08/26/celine-bentz/


25 août 2021

Excellent moment de lecture !

Décidément, cette rentrée littéraire 2021 est étonnante et Revenir à toi de Léonor de Recondo ne déroge pas à l’unité que j’y pressens, celle qui imbrique les récits sur l’intime. Léonor de Recondo propose à partir du récit des retrouvailles entre une fille et sa mère disparue, un cheminement de renaissance, en s’appuyant sur les mythes antiques, qui débouche sur une liberté délestée du poids de l’absence et du manque.
Magdalena, comédienne reconnue, doit jouer Antigone de Sophocle au prochain Festival d’Avignon. La prochaine répétition aura lien dans quelques jours. Néanmoins, un matin, elle reçoit de son agent un message attendu depuis trente ans. « On a retrouvé ta mère, voici son adresse …! »
Sans prendre de valise ni prévenir quelqu’un, elle saute dans le premier train pour rejoindre le Lot et Garonne et son canal où une maisonnette d’éclusier l’attend à Calonges. Magdalena a la beauté des années 50 avec sa peau de lait et ses cheveux épais et brillants qui vont dans tous les sens. Sa démarche est souple et déterminée, à la fois. Les regards sont hypnotisés par son attrait mais ne tentent rien, en général, se contentant de prendre l’essence de son aura. A la regarder ainsi, qui penserait que Magdalena s’est longtemps dégoutée !
Après le départ soudain de sa mère, déjà en dépression profonde, l’enfant qu’elle était s’est heurtée à l’absence, au sentiment de dépréciation car normalement on n’abandonne jamais son enfant ! Antigone d’Anouilh montée au collège l’a sortie du marasme en mettant dans sa bouche les mots qu’elle ne pouvait dire. Du coup, le théâtre plus que le cinéma lui sert de porte-voix aux héros de tragédie qui la maintiennent debout !
Léonor de Recondo raconte cette reconquête avec des retours en arrière sur son passé et ses difficultés rencontrées pour arriver à grandir et devenir adulte. Tout au long du processus Magdalena abandonne l’image qu’elle s’est donnée pour plus d’authenticité. Ce changement suit le retour d’une mère lointaine perdue avec ses chats et sa misère.
Chronique avec photos ici
https://vagabondageautourdesoi.com/2021/08/25/leonor-de-recondo/


24 août 2021

S'adapter un apaisement !

Rare sont les fictions qui se penchent sur une personne en situation de handicap ! Encore plus rare sont les romans qui se placent à hauteur de la fratrie ! Clara Dupont-Monod choisit de raconter en trois chapitres, les réactions des trois enfants afin de montrer le bouleversement de leur vie, les retentissements du handicap sur leur vécu et leurs comportements. Ainsi, nous suivons l’aîné, puis la cadette et enfin le petit dernier, né après !
Comme souvent, il y a d’abord l’inquiétude des parents : une maman, Elle, qui remarque en passant une orange devant les yeux de l’Enfant, que son regard ne bouge pas comme d’ailleurs, le reste de son corps. Il ne parle pas. Il sourit. Il est silencieux la plupart du temps. « Abimé » « Inachevé » non « Inadapté » !
Il n’a pas de nom, c’est l’Enfant ! Les deux autres enfants réagissent chacun avec leur caractère, leur âge, leur personnalité, leur place dans la fratrie. Et chacun va évoluer dans ses réactions selon son vécu jusqu’à pouvoir s’inscrire dans leur vie d’adulte. A l’annonce de la cécité du bébé, le premier a arrêté d’emblée son enfance, arrêter de jouer, arrêter l’insouciance et appris à protéger et à éveiller. La seconde a gardé son enfance mais a nié l’enfant atypique pour évoluer vers la protection de l’ensemble de sa famille. Et, pour celui qui vient après, qui ne l’a pas connu, mais dont la vie toute entière sera marquée irrémédiablement par sa présence de son absence qu’il appellera « mon presque moi » et qui choisira de consoler ses parents !
Clara Dupond- Monod choisit de bâtir son récit à partir du ressenti des pierres du mur de la cour du hameau qui abrite une vie devenue extra-ordinaire où chacun apprend de l’inaptitude à vivre dans la normalité !
S’adapter est un récit hors-norme où les enfants deviennent les soutiens d’une famille en pays cévenol, pays de fierté et de courage, pays aussi protestant où on s’adresse, depuis toujours, directement à Dieu, sans intermédiaire, pays de « loyauté, endurance et pudeur ».
La suite ici
https://vagabondageautourdesoi.com/2021/08/24/clara-dupond-monod/


20 août 2021

A découvrir vraiment !

Pour la rentrée littéraire 2021, David Diop, tel un griot, nous raconte l’histoire de l’amour platonique d’un Orphée et d’une Eurydice au pays de La porte du voyage sans retour. Est ainsi surnommée l’île de Goré , située dans la baie de Dakar, tristement connue comme île des esclaves d’où partaient les bateaux chargés de leur funèbre cargaison vers l’Europe et les Amériques. Envoutante, bouleversante et puissante, le style de David Diop nous plonge en plein dix-huitième siècle pour mieux nous interroger sur notre monde.
Michel Andanson (1727-1806) se voit mourir ! Il a compris depuis longtemps que courir après un savoir de botaniste pour créer une encyclopédie universaliste, comme le conseillaient les penseurs humanistes de son époque, était pure vanité. Dans sa folie de conquête du savoir, il avait oublié de décrire son espèce car il avait compris trop tard que rien ne pouvait exister sur notre terre sans l’intervention humaine pour lui donner du sens. Alors, il décide que pour sa fille il va révéler son savoir intime.
Au milieu du XVIIIè siècle, à l’époque du Directoire, Aglaé fille de Michel s’installe au château de Balaine à côté du village de Villeneuve-sur-Allier offert par son beau-père. Elle fait venir les affaires de son père transmis après sa mort. Dans la serre construite pour exploiter les semences léguées, Aglaé s’accroupit au centre comme son père avait l’habitude de le faire à la mode « des Nègres du Sénégal ». Elle découvre dans un tiroir d’un petit chevet des carnets écrits de la main appliquée de son père. Ce trésor, Michel Andanson a espéré que sa fille, femme du début du XIXè siècle saura découvrir sa vie en oubliant le poids inutile des préjugés pour apprécier l’autre, différent, mais égal par sa richesse.
Cet invite, David Diop nous propose de la suivre pour découvrir l’amour caché de ce botaniste pour Maram, jeune femme frappée par la violence des hommes et la souffrance de la traite des êtres humains. Du nord au sud, Michel découverte le pays, ses croyances et sa culture mais aussi le poids des colonisateurs dont il fait partie même s’il s’en défend. De cette connaissance, il découvre que son amour resté platonique ne pourrait aboutir tant le poids des préjugés pèsent sur les jugements de chacun, y compris d’eux-même.
La suite ici
https://vagabondageautourdesoi.com/2021/08/20/david-diop/




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