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20 avril 2022

Cap sur un Portugal tout en Noir !

Direction le Portugal et sa capitale; on y découvre le personnage de Marcelo Silva à qui a été proposé un poste à responsabilité (et à emmerdes afférents) au sein d'un organisme public. A la tête d'une brigade de répression des fraudeurs à col blanc, il va enquêter sur la disparition d'un banquier d'affaires.
Marcelo était journaliste correspondant de presse en Allemagne mais la douceur et les ruelles de Lisbonne finissant par lui manquer, il a démissionné pour retourner dans son pays.
Fin limier et grand connaisseur des arcanes du pouvoir, il a autour de lui quelques vieux amis et des connaissances qui vont l'aider dans ses recherches. Il est aussi un grand marcheur et ses déambulations dans Lisbonne sont autant de petits tableaux constituant un décor peu fréquent dans la littérature traduite et agréable à découvrir.
Au-delà des considérations sur la ville ou sur les vins dégustés provenant de l'Alentejo, Szymanski décrit un Portugal qui souffre ; la Pauvreté y a fait son nid à côté de ceux qui se déplacent en voiture de sport.
L'auteur, lui-même journaliste spécialisé en économie, dénonce dans ce roman un système de pots de vin et de détournement de fonds monté par quelques roublards de la haute finance et impliquant des dizaines de personnalités dans tous les secteurs de la vie économique et culturelle du pays. La gangrène a dévoré du monde et tout le système bancaire est au bord de l'implosion. Le Portugal des années 2010 et de la crise économique sans précédent qui l'a secoué est savamment mis en scène et le récit construit sans temps mort.
C'est certain, on reprendra avec beaucoup de plaisir de ce vin portugais dès la suite des aventures de Marcelo...


12 avril 2022

Une nouvelle enquête complexe au milieu de la lave...

Les romans policiers de l'islandaise Yrsa Sigurdardóttir (à ne pas confondre avec sa consoeur, Ilja Sigurdardóttir) m'ont plu dès "ADN" qui fait intervenir pour la 1ère fois un couple de personnages qui deviendra récurrent, l'officier de police Huldar et une psychologue pour enfants, Freyja.
Ce 4ème tome est de la même veine que les précédents: l'enquête avance doucement avec au départ bien peu d'éléments pour la police et de surcroît un garçonnet qu'il faut essayer de faire parler pour retrouver ses parents et lié de façon inexplicable à l'enquête en cours...
Celle-ci va réunir en effet un assassinat mis en scène dans un champ non pas de betteraves mais de... lave -bien sûr- et un enfant de 4 ans retrouvé mystérieusement seul dans l'appartement du macchabée d'où la présence de la psychologue pour enfants, la Police islandaise n'ayant pas le droit d'interroger les enfants.
Voici un bon polar bien monté et au scénario crédible. On y retrouve avec plaisir Huldar et Freyja qui sont loin d'être des perdreaux de l'année; ils doivent gérer leurs problèmes personnels en plus de ceux du boulot... L'Islande ne constitue qu'un décor de fond pour l'auteure, moins attentive que son illustre concitoyen, Arnaldur Indridason, au passé et à ses mystères douloureux qui resurgissent chez Indridason au détour d'une enquête. Celles d'Yrsa prennent davantage racine dans la psyché d'un ou de plusieurs personnage(s), victime(s) ou meurtrier(s). Elle s'attache plus particulièrement ici au sort des femmes et décrit une société encore très machiste et pleine de préjugés.


12 avril 2022

Un éloge du mouvement et de l'amitié !

L'humour et le style de Klassen sont uniques et inclassables, basés sur le comique de répétition, sur le comique de situation et avec une pointe d'absurde beckettien des plus réjouissants.
Trois animaux vont se rencontrer dans un paysage dépouillé où chaque détail revêt une importance particulière.
La tortue s'accroche à ce qu'elle connaît et résiste à l'attrait de la nouveauté. Elle symbolise l'immuable, la permanence mais aussi l'absence de curiosité pour le monde qui l'entoure, se contentant de ce qu'elle connaît (et elle va aussi se révéler être de très mauvaise foi).
Mais la vie ne peut se cantonner à ce que l'on côtoie chaque jour et être seul n'est pas non plus tenable très longtemps...
C'est ainsi qu'en 5 petits chapitres très drôles qui sont autant de scénettes, la tortue va être convaincue qu'aller vers l'inconnu peut lui apporter non seulement des amis mais également lui éviter, par la même occasion, une mort précoce.
Les dialogues, aussi minimalistes que l'est le décor, sont tout aussi savoureux et participent à la drôlerie de l'album avec une typographie qui aide à la compréhension des échanges.
Une fable sur l'intérêt d'aller vers autrui et un éloge du mouvement et de l'amitié !
A lire dès 4 ans.
Autre lecture réjouissante : "Je veux mon chapeau" du même auteur, paru précédemment.


6 avril 2022

Un roman historique, social, politique et superbe !

En 3 romans, Laurine Roux s'est fait une place parmi les auteur.e.s de fiction francophone.
Celui qui est sorti mi-janvier ne ressemble en rien au précédent,
- intitulé "Le sanctuaire"- que j'avais déjà beaucoup aimé.
Ici, elle nous raconte les prémices de la guerre d'Espagne dans une région de mer qu'est le delta de l'Ebre.
Exploités par les propriétaires terriens, les paysans se contentent de l'amitié et de l'entraide pour tenir le coup jusqu'au jour où un jeune instituteur, Horacio, s'installe à l'école et commence à parler de syndicat à Juan, le père de Toya, une enfant sensible et sauvage.
Toya va découvrir peu à peu ce que recèle de noir et de mauvais le monde des adultes tout en se frottant aux idées nouvelles qu' Horacio colporte.
La langue délicate et sensuelle de Laurine Roux apporte au récit une douceur qui n'amoindrit pas toutefois tout ce qu'endurent les travailleurs au quotidien ainsi que Pilar, la mère de Toya, dans la demeure des maîtres.
Ode à la liberté, cette histoire est aussi celle d'un apprentissage avec pour toile de fond les tentatives d'un peuple pour se réapproprier la terre et sa dignité.
Un très beau roman !


31 mars 2022

Un très beau roman familial et historique !

Ce deuxième tome de la fresque familiale entamée par Leila Slimani avec "Le pays des autres" s'est avéré tout aussi plaisant à lire que le 1er.
A travers l'histoire d'une famille franco-marocaine, s'inspirant de sa propre famille, Leïla Slimani remonte le temps jusqu'en 1944, année où vont se rencontrer en France Mathilde, jeune alsacienne, et Amine, soldat marocain de l'armée française. Mariés un an plus tard, ils s'envolent pour Meknès et tentent de construire leur vie là-bas en essayant de cultiver un domaine légué par le père d'Amine.
Dans ce nouveau chapitre, quelques 12 ans ont passé, l'exploitation agricole a fini par être rentable grâce à l'opiniâtreté, au travail incessant et aux sacrifices. Le couple Belhaj a eu deux enfants et c'est surtout à cette génération que l'auteure s'intéresse ici : Aïcha veut devenir médecin et est partie à Strasbourg dans ce but tandis que Selim, peu intéressé par les études, traîne un mal-être permanent...
Le style fluide emporte le lecteur et la construction du roman, chronologique, comportant quelques ellipses, ajoute à la facilité avec laquelle on entre dans l'histoire. A travers des personnages attachants, l'auteure parcourt l'histoire contemporaine de son pays natal, la fin du protectorat et l'Indépendance, la peur qu'inspire le roi, la misère qui sévit, la fièvre des jeunes gens à vouloir dévorer la vie. Un très beau roman !




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