Les librairies Agenda Coups de coeur
30 septembre 2019

Un roman magnifique sur le pouvoir de l'Art dans la résilience

Ce court roman nous transporte à Tokyo en 1938, en guerre contre la Chine. Yu Mizusawa, japonais, répète avec 3 amis chinois « Rosamunde » de Schubert quand débarquent dans la salle des militaires. Le fils de Yu, Rei, âgé de 11 ans, assiste à toute la scène, caché dans une armoire.
C’est cette scène que le jeune garçon va tenter d’exorciser toute sa vie à travers le cheminement qui va le mener de Tokyo à Mirecourt, auprès d’un luthier, puis à Paris, afin de reconstituer les « âmes brisées ».
Ce texte subtil et émouvant évoque l’art comme catharsis, la mémoire et la perte. Gros coup de coeur !
Nous avons le très grand plaisir de recevoir Akira Mizubayashi Mercredi 20 novembre à 18h30. Sera également présent à la rencontre Roland Terrier, luthier à Mirecourt qui nous parlera de son art et de la relation entre le luthier et le musicien.


18 juillet 2019

Une nouvelle auteure islandaise à découvrir en poche!

"ADN" de l'auteure Yrsa Sigurdardottir ravira les lecteurs et lectrices de polars venus du grand Nord. L'action se passe en Islande et un inspecteur novice, Huldar, va se voir confier la tâche difficile de retrouver un meurtrier en série qui, non content de torturer ses victimes, laisse derrière lui de mystérieux messages cryptés. Huldar va être aidé, au-delà de l'équipe du commissariat, d'une jeune femme, psychologue pour enfants. Un excellent thriller et le premier d'une série à venir jusqu'à nous.


18 juillet 2019

Un très beau roman qui allie la nature et le coeur des hommes

Coup de coeur pour le premier roman d'Amanda Coplin (et pour l'instant le seul traduit en français; traduit par Laurence Kiefé): Au nord-ouest des Etats-Unis, à côté de Wenatchee, au tout début du XXème siècle, Talmadge vit seul et passe tout son temps à s'occuper du verger qu'il a planté avec sa mère, morte depuis bien des années; il le fait prospérer et ses rares contacts avec autrui ont lieu lorsqu'il va vendre ses fruits. Sa propriété est parfois traversée par des chevaux sauvages conduits par des Indiens qui en font commerce. La solitude et le contact avec la nature n'ont pourtant pas rendu Talmadge sauvage pour autant car il va nourrir, héberger et enfin adopter deux adolescentes qu'il va croiser par hasard lors d'une de ses virées en ville. Les deux jeunes soeurs ont fui et sont livrées à elles-mêmes, sans aucun appui ni secours. Chacune d'entre elles va tenter de se reconstruire grâce à ce que va leur offrir l'agriculteur mais les douleurs du passé ne vont pas les abandonner de sitôt.
Ce très beau roman, original, dont la résilience est le thème central, rythmé par le temps lent de la récolte et de l'entretien des arbres, a été l'un de mes coups de coeur lors de sa parution en français en 2014 aux éditions Christian Bourgois.


8 juillet 2019

J'ai découvert Céline Lapertot quand son second roman est paru en 2016 (publié par les Éditions Viviane Hamy ), "Des femmes qui dansent sous les bombes" puis avec "Ne préfère pas le sang à l'eau" publié en 2018; elle était venue en parler à la librairie et cette rencontre nous avait marqués tout comme le fait chacun de ses textes.
Son quatrième livre paru en mai est un roman fortement autobiographique qui est sorti du plus profond de ses entrailles. J'ai retrouvé son style sans concession et cependant d'une extrême finesse d'analyse et sa façon d'aborder la vie avec un regard cru, acéré, vrai mais aussi plein de volonté d'aller de l'avant et de vie.
Céline Lapertot regarde le lecteur bien en face pour affronter avec lui les peurs, les douleurs et les maux que l'humain fait subir à l'autre que soi mais également les espoirs que la vie génère. On ne ressort pas indemne de chacune de ces lectures et "Ce qui est monstrueux est normal" n'échappe pas à la la règle de vérité que l'auteure s'impose sans jamais tomber dans l'horrifique ou le pathos.
Bouleversant, ce roman porte à nouveau sur l'enfance meurtrie mais aussi sur la possibilité de se relever après les épreuves subies.Une écriture au couteau, un style remarquable de concision, de franchise et de poésie tout à la fois.


21 juin 2019

Un roman choral sur la puissance de l'espoir et le collectif: le prix 2019 du Moulin des lettres!

Qu’est-ce qu’écrire ? Pour certains auteurs et pour Alaa El Aswany en particulier, c’est donner la parole à celles et ceux qui n’ont pas de voix.
Ils sont nombreux en Egypte, en 2011, date à laquelle se déroule ce roman, à ne plus supporter l’injustice, la corruption politique et la répression policière aveugle cautionnées par Hosni Moubarak. Ils vont se retrouver sur la place principale du Caire, la place Tahrir, et des discussions menées entre musulmans, laïcs et coptes va émerger l’idée d’une nouvelle Egypte que le peuple, à bout, veut faire naître.
Alaa El Aswany nous révèle de façon passionnante, avec un style alerte et plein d’ironie, l’histoire très contemporaine de la révolution égyptienne qu’il va dérouler sous nos yeux, jour après jour, grâce à l’introduction dans cette histoire chorale de personnages de condition sociale et d’appartenance religieuse diverses, en n’oubliant pas le camp de l’armée dont les chefs manipulent habilement l’opinion à leur avantage, quitte à jouer avec le feu.
Asma est l’un de ces personnages ; jeune professeure idéaliste aux convictions profondes, elle refuse de se voiler malgré les pressions de sa hiérarchie, tout comme elle refuse la soumission au sein de sa famille; opprimée et humiliée au quotidien, c’est à Mazen, un ingénieur dans une usine rencontré aux réunions organisées par le mouvement politique Kifaya, qu’elle va se confier. Ils vont s’impliquer tous les deux jusqu’au bout dans le mouvement de rébellion populaire et se retrouvent dans leur vision commune d’un pays débarrassé du mensonge, de l’oppression faite aux femmes et du mépris du peuple ; ils se confient l’un à l’autre par mails sur leur quotidien et les vicissitudes qu’ils affrontent au travail : cette alternance de correspondances crée une rupture dans le récit du narrateur omniscient et nous permet de pénétrer dans deux univers intimes et professionnels très différents.
Tout au long du roman d’ailleurs El Aswany a à coeur de faire entrer le lecteur dans de nombreux foyers cairotes et en nous ouvrant leurs portes, il nous montre aussi la condition réservée aux filles, sœurs et épouses dans les familles ; la pression parentale exercée sur les filles est lourde et leur mode de vie n’est jamais dicté par leur volonté propre mais imposé par la tradition, le respect du père et la religion. Combien d’Asma rencontre-t-on, assez fortes et courageuses pour se rebeller et quitter le foyer parental afin de fuir un mariage forcé? Bien peu !
L’hypocrisie de la société égyptienne est dénoncée tout au long du livre et à de nombreuses reprises ; chacun y va, homme ou femme, de sa lecture très personnelle du Coran pour s’autoriser les pires écarts de conduite : lâcheté, sexe, alcool, volonté de pouvoir, enrichissement illégal, jalousie et malgré la violence de la situation vécue par ses personnages, la répression et les affrontements parfois mortels, El Aswany ne manque pas de mordant et parfois même de drôlerie pour décrire ce pays qui lui est si cher et où il continue de vivre malgré tout. Un roman superbe et extrêmement émouvant qui a fait l’unanimité du jury du Moulin des Lettres en ce mois de juin 2019 !




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